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DECES DE NOTRE AMI LE PROFESSEUR RAPHAEL DRAÏ

DECES DE NOTRE AMI LE PROFESSEUR RAPHAEL DRAÏ
par Robert Djian

2008-03-27-12-54-01 - copie

L’association Les Amis de Bruno ETIENNE, sa présidente et son bureau, vous font part avec tristesse de la disparition du Professeur Raphaël DRAÏ intervenue Vendredi 17 Juillet 2015 à son domicile parisien à l’âge de 73 ans des suites d’une grave maladie.

Né le 21 Mai 1942 en Algérie, à Constantine, Raphaël Draï avait à la demande de son père rejoint la métropole en 1961 où il y poursuit ses études. Il rédige notamment une thèse en science politique à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne puis passe l’agrégation de science politique en 1976 en compagnie de Bruno Etienne. C’est là que va naître une amitié sincère entre les deux politistes engagés dans des camps différents, acteurs de débats contradictoires parfois musclés sur la question palestinienne, les mutations de l’islam et l’antisionisme, toujours respectueux du savoir et de la souffrance de l’autre, mais tous deux amoureux de cet espace méditerranéen, à la fois mer commune des trois monothéismes), zone permanente de conflits (colonisation, décolonisation, autoritarisme, conflit israélo-palestinien, lieu de mémoires meurtries (celle des colonisés d’hier, des juifs du Maghreb, des rapatriés…) sur lequel ils ont tous deux abondamment écrit.

Raphaël DRAÏ a été tour à tour en poste comme professeur de science politique à la Faculté de droit et de sciences économiques de Nancy en 1977, doyen de la Faculté de droit et de sciences politiques d’Amiens en 1990 et professeur de sciences politiques à l’Université d’Aix-Marseille III en 1984 au sein de la Faculté de droit. Il a exercé également à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence dans le cadre du « Master Management interculturel et Médiation religieuse » créé par Bruno Etienne et apportait sa contribution à l’ancien Observatoire du religieux dont les activités ont cessé en 2008. Il était aussi professeur à l’Institut d’études et de culture juive d’Aix-Marseille, directeur de recherches à l’École doctorale de recherches en psychanalyse et psychopathologies de l’Université Paris VII – Diderot.

Son abondante production (écrits académiques, essais, récits autobiographiques, chroniques dans la revue l’Arche…) révèle un parcours intellectuel marqué par une pluridisciplinarité assumée, d’où émergent toutefois quelques constantes fortes parmi lesquelles sa volonté d’articuler science politique et psychanalyse, sa connaissance éprouvée de la législation hébraïque combinée avec un intérêt réel pour un dialogue exigeant entre les religions, sans oublier sa dénonciation sans concession de toute forme d’antisionisme supposé être sous tendu par une logique antisémite car censé remettre en cause la raison d’être même de l’Etat hébreu. Mais Raphaël DRAÏ était également animé par un attachement profond à la ville de Constantine, à son pays natal et à cette culture judéo-arabe dont le maalouf, musique arabo-andalouse commune aux juifs et aux musulmans du Maghreb est l’une des expressions artistiques majeures.

Lorsque Bruno nous a quittés, son ami Raphaël avait tenu à réciter le kaddish en sa mémoire comme il avait été présent au jour de son inhumation avant le début du shabbat. N’ayant pas pu en faire de même lors de l’inhumation de Raphaël DRAÏ en Israël, l’ensemble de l’association des Amis de Bruno ETIENNE tenait à saluer la mémoire de l’ami Raphaël, le compagnon d’agrégation, le féru de psychanalyse, l’exégète minutieux des Ecritures comme celui qui avait toujours en réserve une histoire juive destinée autant à dérider les plus crispés qu’à faire réfléchir sur l’autodérision comme thérapie salutaire pour sortir d’une souffrance qui parfois tient lieu d’identité structurante.

F.FREGOSI