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Actualités

La Franc Maçonnerie au prisme de l’Islam. Thierry ZARCONE

Chers amis, l’Association les Amis de Bruno Etienne vous convie à sa prochaine conférence, le Lundi 13 février, 18h15 à L’Institut d’Etudes Politiques, 20 rue Gaston de Saporta, Aix en Provence.
Thierry ZARCONE traitera: LA FRANC MACONNERIE AU PRISME DE L’ISLAM: DE LA FASCINATION A LA DÉTESTATION. Thierry ZARCONE est directeur de recherche au CNRS(GSRL/EPEHE), chargé de cours à Sciences Po Aix. Il a publié divers ouvrages concernant le soufisme, particulièrement Turc. Une de ses dernières publications: Le Croissant et le Compas. Modérateur: Franck FREGOSI,Professeur à Sciences Po Aix . 

EDOUARD SAID ET L’ORIENTALISME par HERVE CASINI

L’Association les Amis de Bruno Etienne vous souhaite une belle et fructueuse année 2017.
Nous vous rappelons la prochaine conférence organisée par l’association:

Edouard SAÏD et l’Orientalisme. le mardi 31 janvier2017, à l’IEP d’Aix en Provence, 2O rue Gaston de Saporta.
Cette conférence sera animée par Hervé CASINI, Directeur territorial au Conseil départemental des Bouches du Rhône.

Nous vous signalons la prochaine conférence du 13 février à l’IEP: La Franc Maçonnerie au prisme de l’Islam : de la fascination à la détestation par Thierry ZARCONE. Directeur de recherche au CNRS et GRSL//EPHE, chargé de cours à Sciences Po Aix en Provence.
N’oubliez pas de nous faire parvenir votre cotisation(20€) à l’ordre de Les Amis de Bruno Etienne, 39 Traverse Baret 13100 Aix en Provence

ASSEMBLEE GENERALE LES AMIS DE BRUNO ETIENNE

Cher ami(e) veuillez prendre connaissance du compte rendu de la dernière assemblée générale de l’association les Amis de Bruno Etienne.

                 Assemblée générale de l’Association les Amis de Bruno Etienne

IEP Aix en Provence.18 octobre 2016

 

L’assemblée générale de l’association les Amis de Bruno Etienne s’est tenue le 18 octobre 2016, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence.

Etaient présents : M. Etienne, W.Leday, D.Pelage, D.Navarro, F.Goyet, F.Fregosi, H.Casini, G.Almira, P.Macquart Moulin

Procurations : G.Pierron, A.Caumont, F.Chostakoff, R.Djian, M.Vandenbergh, FX, Tassel, F.Antoine, V.Etienne, F.Ayel, M.Chambert, J.Kraft, J.Levy.

 

Un hommage est rendu à deux membres de l’association : Gérard CENAC, ancien bâtonnier d’Aix en Provence, décédé en octobre 2016 et Masaaki SUZUKI professeur de japonais à l’IEP d’Aix en Provence, décédé en mai 2016.

 

Ordre du jour

  1. Le bureau actuel est renouvelé à l’unanimité des votants et accueille un nouveau membre, Hervé CASINI.
  2. Bilan financier. Il vous a été exposé lors d’un précédent courriel. Le quitus a été accordé à l’unanimité.
  3. Bilan d’activité 2015-2016.

Conférences. Hervé CASINI : Félicien David et l’orientalisme.

Claude AZIZA : Jérusalem, cœur du monde.

J.C JAUFFRET : La guerre d’Algérie et la dernière         génération du feu (en association avec l’IEP).

Fonds Bruno Etienne.MMSH. Le travail d’archivage est terminé, le fonds est désormais consultable à la médiathèque de la MMSH d’Aix en Provence en prenant rendez- vous avec Evelyne DISDIER (0442524112, disdier@mmsh.univ-aix.fr)

Réédition aux éditions de l’Aube en mai 2016 de l’ouvrage de B.ETIENNE « Une grenade entr’ouverte ».

Numéro hors série le Monde et France Culture « 30 ans de débat, 1986-2016 » contenant un entretien avec B.Etienne.

  1. Perspectives 2016-2017.

Mardi 22 novembre 2016, conférence de Abderrahim KADER, chercheur à l’IRIS « L’islamisme au prisme de la mondialisation »

Lundi 30 janvier 2017, conférence de Hervé CASINI « Edouard SAÏD et la question de l’orientalisme ».

A fixer en février 2017, Thierry ZARCONE, « Le croissant et l’équerre ».

Le projet documentaire de David Pelage doit être repris pour le Conseil Régional.

La séance est levée à 19h30.

N’oubliez de nous faire parvenir votre cotisation (20€) à l’ordre de Les amis de Bruno Etienne 39 traverse Baret 13100 Aix en Provence. N’oubliez pas de nous signaler tout changement d’adresse électronique et postale. Consultez le site brunoetienne.com

   La Présidente                             Le secrétaire                         Le trésorier

Maryse Etienne                       Robert Djian                                    Gérald Almira

LE REVEIL DES SEPT DORMANTS.MANOEL PENICAUD

MANOEL PENICAUD est anthropologue. Spécialiste des pèlerinages et des relations interreligieuses, il a été coréalisateur et commissaire de l’exposition « Les lieux saints partagés », présentée au MUCEM en 2015(Marseille). Le réveil des sept dormants, pèlerinage islamo chrétien en Bretagne est l’objet de son dernier travail.Vous pouvez l’écouter en différé sur France culture, 17 juillet 2016, dans le cadre de l’émission Chrétiens d’Orient.

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La MMSH d’Aix en Provence et l’INA

Depuis janvier 2016, un point d’accès numérique aux collections de l’INAthèque est ouvert dans la médiathèque de la MMSH (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme). Désormais, à Aix-en-Provence, toute personne ayant un projet professionnel, d’étude, ou de création, peut librement consulter 80 ans d’archives de la radio, 70 ans d’archives de la télévision, plus de 13000 sites Web et 7000 œuvres cinématographiques issues des archives du Centre national de la cinématographie et de l’image animée.
La consultation, ouverte à tous s’effectue sur réservation aux heures d’ouverture de la Médiathèque de la MMSH, après une inscription en ligne sur http://imageson.hypotheses.org:2256. L’équipe de la médiathèque vous accompagnera dans vos recherches.
A titre d’exemple, à la question posée sur le nom de « Etienne, Bruno » , sont apparues environ 250 fiches (télévisions, radios) dont la plupart sont accompagnées d’une séquence vidéo.

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GUERRE D’ALGERIE:la dernière génération du FEU. Jean Charles JAUFFRET

CouvertureL’association Les Amis de Bruno Etienne a le plaisir de vous convier le jeudi 4 février 2016, 18h15, à l’Institut d’Etudes  Politiques, 20 rue Gaston de Saporta , Aix en Provence, à la conférence donnée par Jean Charles Jauffret, Professeur d’histoire à SciencesPo Aix  : Guerre d’Algérie: la dernière génération du FEU.(en présence de témoins).

Cette conférence est faite à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage:La guerre d’Algérie. Les combattants français et leur mémoire. (odile Jacob)

 

Aboutissement d’une enquête de 21 ans auprès de mille témoins, fondé sur le croisement des sources disponibles (archives, fonds privés, témoignages publiés…) et une connaissance du terrain (Kabylie), cet ouvrage analyse sous forme de scanner mémoriel la dernière génération du feu, celle qui a connu et souffert pendant la guerre d’Algérie en faisant son devoir. La République y envoie ses derniers gros bataillons pour une ultime grande transhumance de direction plein Sud. Soit près de 2 000 000 millions d’hommes engagés pendant huit ans dans une guerre de décolonisation qui ne dit pas son nom, mais qui est aussi un conflit périphérique de basse intensité de la guerre froide. Elle laisse de multiples séquelles et blessures physiques, morales et psychiques.

Certes, l’essentiel de ces jeunes gens envoyés en Algérie, sans que la Patrie ait été proclamée en danger, est composé d’appelés et de réservistes (turbulents rappelés sous les drapeaux de 1955 et 1956, sous-officiers et officiers de réserve…) mais, pour la première fois, cette étude propose d’entendre aussi les professionnels, paras ou légionnaires qui n’ont pas la même vision de ce conflit âpre qu’ils estiment avoir militairement gagné. Ce sont ces sentiments mêlés, honte ou révolte, parfois contradictoires ou complémentaires, qui soulignent toute l’ambiguïté de ce conflit. Douloureusement vécue, cette guerre se terminant par une défaite morale et politique est aussi partagée, dans l’attente, l’angoisse, par ces fiancées, épouses et sœurs qui, elles aussi, font partie de la génération-Algérie. Percevoir les réalités d’un conflit qui ne cesse de hanter la conscience nationale malgré la reconnaissance officielle des termes de « guerre d’Algérie » en 1999, c’est découvrir selon les armes, les époques, les lieux, la formation intellectuelle des témoins, non pas une mais des guerres d’Algérie, tant les vécus sont différents. Gêneur qui empêche de commémorer en rond des porteurs de mémoires qui s’ostracisent l’un l’autre, l’historien ne peut que constater le traumatisme vécu par cette dernière génération du feu. A l’issue d’un voyage en Grande Kabylie, en avril 2015, avec un des grands témoins cités, puisse cet ouvrage achever de curée la plaie côté français et œuvrer à la réconciliation des deux côtés de la Méditerranée…

 

Professeur à Sciences Po Aix, où il dirige le département d’histoire et un master de recherches en histoire militaire comparée, Jean-Charles Jauffret est un spécialiste de la guerre coloniale, des troupes de professionnels et d’appelés et, surtout, des conflits afghan et algérien pour lesquels il a publié de nombreux ouvrages.

JERUSALEM,COEUR DU MONDE PAR CLAUDE AZIZA

Chers amis, l’Association les Amis de Bruno Etienne vous convie à sa prochaine conférence le mercredi 13 janvier 2016, à l’Institut d’Etudes politiques,20 rue Gaston de Saporta, Aix en Provence, 18h15. Claude AZIZA, Professeur émérite de littérature latine à la Sorbonne Nouvelle nous exposera » JERUSALEM, COEUR DU MONDE ».

       Jérusalem est une ville où l’on va. Opiniâtrement, sans cesse ni relâche. Bravant guerres et dangers, interdictions et malédictions, chantages et menaces. Et si les temps sont trop durs, on se contentera – la mort dans l’âme – de se tourner vers elle pour prier. Elle fut là, sans doute, longtemps, cette nostalgie d’exilés, qui sur les rives de l’Euphrate, qui au bord du Tibre, qui dans les ghettos vénitiens ou les enclaves papales.

      Cette terre, désormais interdite va devenir pour les Juifs un lieu de pèlerinage qui leur fera braver tous les dangers. Bientôt, ce seront les pèlerins chrétiens, poussés par le désir de prier dans les lieux même où mourut Jésus. Après les pèlerins, les touristes, les peintres et les écrivains. Les plus grands d’entre eux, Chateaubriand, Lamartine, Flaubert, Loti, feront le voyage en Terre Sainte.

      Cette conférence se veut un hommage à tous ceux-là, célèbres ou anonymes, qui partirent sur les routes, poussés par le désir de voir Jérusalem.

FELICIEN DAVID ET L’ORIENTALISME FRANCAIS . HERVE CASINI

L’association Les Amis de Bruno Etienne a le plaisir de vous convier à son nouveau cycle de conférences 2015-2016, dans la droite ligne de l’intérêt que Bruno Etienne avait pour les divers aspects de l’Orient. Pour autant, il considérait que l’Orient commençait au Pendjab, C’est dire qu’il pensait l’Orient pris au sens courant pratiqué par les »occidentaux », comme faisant partie de notre espace occidental, sinon de notre patrimoine. 

Hervé CASINI, ancien élève de l’IEP, prononcera le mercredi 9 décembre 2015, à 18h15 , à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence, 20 rue Gaston de Saporta la conférence suivante: Félicien DAVID et l’Orientalisme français.

 

                                                                                  FELICIEN DAVID ET L’ORIENTALISME FRANÇAIS

 

Bruno Etienne nous avait prévenu : «  Le voyage en Orient est un voyage imaginaire dans un Orient imaginaire ».

Objet de curiosité plus que de connaissance, objet d’engouement « exotique » (l’égyptomanie précède, et de loin, l’égyptologie !), l’Orient est un topos, un lieu de nulle part.

Et en musique qu’en est-il au juste ? L’Orient des compositeurs (souvent négligé dans les travaux sur l’orientalisme…), qui a fait délirer la bourgeoisie française (en particulier) dans les salles de spectacle et les salons parisiens, est-il aussi un « lieu de nulle part » ou porte-t-il bien en lui les impressions visionnaires (et ensoleillées !) d’une terre propice à l’inspiration et au développement de l’Imaginaire ?

C’est à Félicien David (1810-1876), jouissant d’un regain d’intérêt depuis quelques années, et plus encore ces dernières semaines avec le dernier roman de Mathias Enard, Boussole (Goncourt 2015), qu’il reviendra d’introduire l’orientalisme dans la musique française.

Sans doute plus encore que chez d’autres compositeurs (on pense à Gounod, Massenet, Saint-Saëns ou Ravel…), la révélation du monde arabe, et de sa musique, trouvera chez Félicien David des accents initiatiques et lui permettra de développer un style propre.

A travers des extraits de l’ « ode-symphonie » Le Désert ou de ses Mélodies, la conférence se propose de retracer l’aventure en Orient d’un compositeur qui, innovation des plus audacieuses, fit entrer la voix du muezzin dans la musique occidentale.

 

Hervé CASINI : ancien élève de l’IEP d’Aix-en-Provence, directeur territorial au Conseil Départemental 13, musicologue et conférencier auprès de l’Opéra de Nice, Hervé Casini collabore régulièrement à de nombreuses revues et journaux (Revue Marseille, La Tribune…). Il a récemment participé à la rédaction de l’ouvrage-hommage consacré au professeur Jean-François Mattéi : « De Platon à Matrix, l’âme du monde » (Editions Manucius, 2015).

DECES DE NOTRE AMI LE PROFESSEUR RAPHAEL DRAÏ

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L’association Les Amis de Bruno ETIENNE, sa présidente et son bureau, vous font part avec tristesse de la disparition du Professeur Raphaël DRAÏ intervenue Vendredi 17 Juillet 2015 à son domicile parisien à l’âge de 73 ans des suites d’une grave maladie.

Né le 21 Mai 1942 en Algérie, à Constantine, Raphaël Draï avait à la demande de son père rejoint la métropole en 1961 où il y poursuit ses études. Il rédige notamment une thèse en science politique à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne puis passe l’agrégation de science politique en 1976 en compagnie de Bruno Etienne. C’est là que va naître une amitié sincère entre les deux politistes engagés dans des camps différents, acteurs de débats contradictoires parfois musclés sur la question palestinienne, les mutations de l’islam et l’antisionisme, toujours respectueux du savoir et de la souffrance de l’autre, mais tous deux amoureux de cet espace méditerranéen, à la fois mer commune des trois monothéismes), zone permanente de conflits (colonisation, décolonisation, autoritarisme, conflit israélo-palestinien, lieu de mémoires meurtries (celle des colonisés d’hier, des juifs du Maghreb, des rapatriés…) sur lequel ils ont tous deux abondamment écrit.

Raphaël DRAÏ a été tour à tour en poste comme professeur de science politique à la Faculté de droit et de sciences économiques de Nancy en 1977, doyen de la Faculté de droit et de sciences politiques d’Amiens en 1990 et professeur de sciences politiques à l’Université d’Aix-Marseille III en 1984 au sein de la Faculté de droit. Il a exercé également à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence dans le cadre du « Master Management interculturel et Médiation religieuse » créé par Bruno Etienne et apportait sa contribution à l’ancien Observatoire du religieux dont les activités ont cessé en 2008. Il était aussi professeur à l’Institut d’études et de culture juive d’Aix-Marseille, directeur de recherches à l’École doctorale de recherches en psychanalyse et psychopathologies de l’Université Paris VII – Diderot.

Son abondante production (écrits académiques, essais, récits autobiographiques, chroniques dans la revue l’Arche…) révèle un parcours intellectuel marqué par une pluridisciplinarité assumée, d’où émergent toutefois quelques constantes fortes parmi lesquelles sa volonté d’articuler science politique et psychanalyse, sa connaissance éprouvée de la législation hébraïque combinée avec un intérêt réel pour un dialogue exigeant entre les religions, sans oublier sa dénonciation sans concession de toute forme d’antisionisme supposé être sous tendu par une logique antisémite car censé remettre en cause la raison d’être même de l’Etat hébreu. Mais Raphaël DRAÏ était également animé par un attachement profond à la ville de Constantine, à son pays natal et à cette culture judéo-arabe dont le maalouf, musique arabo-andalouse commune aux juifs et aux musulmans du Maghreb est l’une des expressions artistiques majeures.

Lorsque Bruno nous a quittés, son ami Raphaël avait tenu à réciter le kaddish en sa mémoire comme il avait été présent au jour de son inhumation avant le début du shabbat. N’ayant pas pu en faire de même lors de l’inhumation de Raphaël DRAÏ en Israël, l’ensemble de l’association des Amis de Bruno ETIENNE tenait à saluer la mémoire de l’ami Raphaël, le compagnon d’agrégation, le féru de psychanalyse, l’exégète minutieux des Ecritures comme celui qui avait toujours en réserve une histoire juive destinée autant à dérider les plus crispés qu’à faire réfléchir sur l’autodérision comme thérapie salutaire pour sortir d’une souffrance qui parfois tient lieu d’identité structurante.

F.FREGOSI

 

LIBRE PROPOS PAR BEATRICE MABILLON BONFILS

LIBRE PROPOS, APRES NOUS SOMMES TOUS CHARLIE par BEATRICE MABILLON-BONFILS.

Béatrice mabilon-Bonfils est professeure d’université en sociologie, directrice du laboratoire EMA (école, mutations, apprentissages) de l’université de Cergy-Pontoise.Elle est interrogée par Cécile Olivier(AEF,diffuseur d’information en direction de décideurs)

depêche AEF
: « Les valeurs ne s’imposent pas d’en haut, elles s’élaborent ensemble. Ce n’est pas sous la menace de sanctions que les élèves vont adhérer aux valeurs républicaines laïques », déclare à AEF Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia professeures d’université co-auteures de « La laïcité au risque de l’autre » (Aube, 2014) Elles estiment que « l’après-Charlie donne lieu à une surenchère dans l’affichage d’une laïcité conçue plutôt comme une réponse défensive que comme un projet pour le vivre ensemble ». Elles dénoncent des « effets d’annonce pour des dispositifs qui existent depuis longtemps » et des mesures « inadaptées ». « Le levier majeur, ce serait un concours de recrutement des professeurs qui ne serait pas ancré sur des savoirs disciplinaires », estiment les chercheurs.
AEF : Que pensez-vous du plan gouvernemental sur les « valeurs de la République » ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : L’après-Charlie donne lieu à une surenchère dans l’affichage d’une laïcité conçue plutôt comme une réponse défensive que comme un projet pour le vivre ensemble. On peut craindre que ce plan n’en soit une expression : journée annuelle de la laïcité, formation d’ambassadeurs de la laïcité, de « réservistes citoyens », rappel à l’autorité. En tout, 11 mesures pour une « grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République »… mais surtout des effets d’annonce pour des dispositifs qui existent depuis longtemps ! L’ECJS par exemple, les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté au collège, les conseils de vie lycéenne, la circulaire de 2011 relative à l’instruction morale à l’école primaire, etc. Bref, depuis plusieurs décennies maintenant, on a un foisonnement de dispositifs et d’initiatives liés à la notion de citoyenneté. L’école promeut officiellement des élèves citoyens. Or, on sait que ces dispositifs sont souvent vides, non investis, et restent lettre morte ou des coquilles vides.
La mesure qui consiste à affirmer que « tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité du maître fera l’objet d’un signalement systématique […] et qu’aucun incident ne sera laissé sans suite » semble particulièrement inadaptée ! Les valeurs de la République ne peuvent être mobilisées comme argument de maintien ou au rétablissement de l’ordre : la menace de sanctions n’amènera pas automatiquement les élèves à adhérer à l’idéal laïque. Tout comme le respect ne se décrète pas mais se construit et s’éprouve quand la parole de tous est entendue et qu’il existe un lieu tiers pour la dire. L’instauration d’une journée de la laïcité n’est pas non plus une bonne réponse : cette mesure désigne silencieusement des coupables, des publics de culture musulmane, alors qu’il s’agit avant tout d’exclusion sociale, de désaffiliation.
AEF : Il est proposé notamment de créer un « parcours citoyen », qu’en pensez-vous ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : Les compétences sociales et civiques du socle commun ont déjà introduit ces dimensions à l’école. Promouvoir un parcours citoyen sera un coup d’épée dans l’eau tant que l’espace social scolaire sera aussi ségrégué, socialement et ethniquement. La question essentielle reste celle des inégalités : l’école française est une des plus inégalitaires du monde. C’est dans les écoles des quartiers populaires et immigrés que l’on rencontre le plus de problèmes de santé, de consommation de drogue, d’incivilités. Ce qui compte n’est pas l’annonce d’un énième dispositif, mais bien la façon dont les choses sont faites, c’est-à-dire non pas plaquées, mais organisées autour d’un projet.

Les conseils d’enfants, les associations de vie lycéenne, les temps institutionnels contre le racisme, etc. que l’on retrouve dans ce nouveau parcours citoyen, existent déjà. De plus, l’idée d’une évaluation de ce parcours semble particulièrement inutile et même contre-productive ; ces enseignements et dispositifs sont censés promouvoir entraide, solidarité, partage, éthique, respect. Or, l’école repose sur la mise en concurrence des établissements, des séries, des matières scolaires, des élèves. Éduquer autrement à la citoyenneté ne se fera pas par l’inculcation d’une « morale civique » mais par une éducation au risque de l’esprit critique ; c’est-à-dire prendre le risque de désocculter les rapports de pouvoir, de mettre en question les valeurs collectives, installées. Il s’agit aussi très pratiquement de redéfinir les instances de citoyenneté à l’école, souvent espace de non droits.

« Les valeurs ne s’imposent pas d’en haut, elles s’élaborent ensemble. Ce n’est pas sous la menace de sanctions que les élèves vont adhérer aux valeurs républicaines laïques », déclare à AEF Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia professeures d’université co-auteures de « La laïcité au risque de l’autre » (Aube, 2014) Elles estiment que « l’après-Charlie donne lieu à une surenchère dans l’affichage d’une laïcité conçue plutôt comme une réponse défensive que comme un projet pour le vivre ensemble ». Elles dénoncent des « effets d’annonce pour des dispositifs qui existent depuis longtemps » et des mesures « inadaptées ». « Le levier majeur, ce serait un concours de recrutement des professeurs qui ne serait pas ancré sur des savoirs disciplinaires », estiment les chercheures.

texte :
AEF : Que pensez-vous du plan gouvernemental sur les « valeurs de la République » ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : L’après-Charlie donne lieu à une surenchère dans l’affichage d’une laïcité conçue plutôt comme une réponse défensive que comme un projet pour le vivre ensemble. On peut craindre que ce plan n’en soit une expression : journée annuelle de la laïcité, formation d’ambassadeurs de la laïcité, de « réservistes citoyens », rappel à l’autorité. En tout, 11 mesures pour une « grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République »… mais surtout des effets d’annonce pour des dispositifs qui existent depuis longtemps ! L’ECJS par exemple, les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté au collège, les conseils de vie lycéenne, la circulaire de 2011 relative à l’instruction morale à l’école primaire, etc. Bref, depuis plusieurs décennies maintenant, on a un foisonnement de dispositifs et d’initiatives liés à la notion de citoyenneté. L’école promeut officiellement des élèves citoyens. Or, on sait que ces dispositifs sont souvent vides, non investis, et restent lettre morte ou des coquilles vides.

La mesure qui consiste à affirmer que « tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité du maître fera l’objet d’un signalement systématique […] et qu’aucun incident ne sera laissé sans suite » semble particulièrement inadaptée ! Les valeurs de la République ne peuvent être mobilisées comme argument de maintien ou au rétablissement de l’ordre : la menace de sanctions n’amènera pas automatiquement les élèves à adhérer à l’idéal laïque. Tout comme le respect ne se décrète pas mais se construit et s’éprouve quand la parole de tous est entendue et qu’il existe un lieu tiers pour la dire. L’instauration d’une journée de la laïcité n’est pas non plus une bonne réponse : cette mesure désigne silencieusement des coupables, des publics de culture musulmane, alors qu’il s’agit avant tout d’exclusion sociale, de désaffiliation.

AEF : Il est proposé notamment de créer un « parcours citoyen », qu’en pensez-vous ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : Les compétences sociales et civiques du socle commun ont déjà introduit ces dimensions à l’école. Promouvoir un parcours citoyen sera un coup d’épée dans l’eau tant que l’espace social scolaire sera aussi ségrégué, socialement et ethniquement. La question essentielle reste celle des inégalités : l’école française est une des plus inégalitaires du monde. C’est dans les écoles des quartiers populaires et immigrés que l’on rencontre le plus de problèmes de santé, de consommation de drogue, d’incivilités. Ce qui compte n’est pas l’annonce d’un énième dispositif, mais bien la façon dont les choses sont faites, c’est-à-dire non pas plaquées, mais organisées autour d’un projet.

Les conseils d’enfants, les associations de vie lycéenne, les temps institutionnels contre le racisme, etc. que l’on retrouve dans ce nouveau parcours citoyen, existent déjà. De plus, l’idée d’une évaluation de ce parcours semble particulièrement inutile et même contre-productive ; ces enseignements et dispositifs sont censés promouvoir entraide, solidarité, partage, éthique, respect. Or, l’école repose sur la mise en concurrence des établissements, des séries, des matières scolaires, des élèves. Éduquer autrement à la citoyenneté ne se fera pas par l’inculcation d’une « morale civique » mais par une éducation au risque de l’esprit critique ; c’est-à-dire prendre le risque de désocculter les rapports de pouvoir, de mettre en question les valeurs collectives, installées. Il s’agit aussi très pratiquement de redéfinir les instances de citoyenneté à l’école, souvent espace de non droits.

AEF : Concrètement dans les établissements scolaires, que faudrait il mettre en place pour favoriser le « vivre-ensemble » et faire vivre la citoyenneté ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia: Il faut cesser d’être obsédé par un pseudo-communautarisme et tenter de comprendre les sentiments d’injustice des jeunes des quartiers déshérités et leurs familles : toute politique scolaire sera toujours entachée par les écarts actuels entre discours officiels et réalités des ghettos. Il existe des inégalités sociales, territoriales, scolaires, qui frappent les enfants de culture musulmane beaucoup plus que les autres, car ils vivent dans ces quartiers déshérités, désaffiliés. Les travaux de recherche montrent que les enfants issus de l’immigration sont plus victimes de ségrégation que les autres. Il existe une suspicion en loyauté portée depuis trop longtemps sur les français d’origine maghrébine au motif à peine refoulé qu’une appartenance plurielle se traduit forcément par un déficit du sentiment d’être français, comme le montre l’enquête TeO de l’Ined.

L’universalisme/nationalisme républicain incorpore une vision ethnique de la Nation et irrigue l’idéologie scolaire : il suffit de voir la figure du musulman que construisent les manuels scolaires. L’école ne doit plus être pensée comme un sanctuaire ; élèves et enseignants sont des sujets, et non des individus sans sexe, sans âge, sans appartenance culturelle ou sociale. S’il s’agit de faire en sorte que la « vraie vie » ne soit pas seulement hors l’école, c’est pour que l’école redevienne un lieu de projets, un lieu du plaisir d’apprendre, un lieu de coopération et de sociabilité et non plus un lieu de compétition, d’ennui ou d’épreuves.

AEF : Comment améliorer les échanges et la pédagogie sur les questions de laïcité ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : Les valeurs ne s’imposent pas d’en haut, elles s’élaborent ensemble. Ce n’est pas sous la menace de sanctions que les élèves vont adhérer aux valeurs républicaines laïques. Il faut tenter d’aborder les enjeux sociaux et politiques de la laïcité et entendre les élèves. Bien sûr leurs propos peuvent être inacceptables, antisémites, racistes, « complotistes »… mais la laïcité ne peut se résumer à une exigence de reddition de tout ce que ces jeunes sont. C’est l’élaboration commune qui prouvera la valeur supérieure de la confrontation des arguments et redonnera ses lettres de noblesse à la laïcité. Or, depuis plusieurs années déjà, l’éducation à la citoyenneté se cherche, entre apprentissages normatifs et initiations aux débats, entre formation à l’esprit critique et respect de l’ordre social et scolaire. Les rituels sont par exemple essentiels à la construction du collectif à la condition expresse qu’ils se construisent en commun et fassent sens pour tous, comme on l’a vu pour la minute de silence.

De plus, la hiérarchie pèse beaucoup dans l’administration scolaire, et les initiatives des enseignants, des chefs d’établissement et des personnels éducatifs, sont freinées par les taches de gestion, de contrôle, d’administration ; il faut stopper le « top down », le saupoudrage des matières et des dispositifs. En fait, le levier majeur, dont le ministère de l’Éducation nationale s’est privé, c’est un concours de recrutement des professeurs qui ne serait pas ancré sur des savoirs disciplinaires, car un bon enseignant n’est pas seulement très compétent dans sa discipline d’enseignement.

AEF : Comment favoriser la mixité dans les établissements scolaires ?

Béatrice Mabilon-Bonfils et Geneviève Zoia : Il y aurait plusieurs pistes, mais à condition d’admettre d’abord que les chances ne sont pas les mêmes dans tous les établissements. Ensuite il faut libérer des marges d’initiatives chez les acteurs de la communauté éducative, leur donner de l’envie. Ils doivent pouvoir innover. Il y a un travail énorme à entreprendre avec les parents dans ce pays, une vraie démarche de confiance à rétablir, de façon à créer une vraie communauté éducative. Les inégalités scolaires tiennent pour une part à l’inégal accès à l’art et à la culture des enfants et des adolescents selon leur appartenance familiale. L’accès scolaire à la culture légitime par les modalités classiques de la transition pédagogique mises en œuvre dans l’école renforce les inégalités scolaires puis sociales.

Ouvrir l’école aux artistes et aux chercheurs dans le cadre de projets pédagogiques négociés, de recherches collaboratives institutionnalisées chanteurs, danseurs, comédiens, sculpteurs, romanciers, peintres… peuvent partager leur manière de penser la société, la création, permettant un accès diversifié à l’art et à la culture. Si elle intervient dans le cadre des projets pédagogiques construits et institutionnalisés dans le parcours des collégiens et des lycéens, cette ouverture permet de lutter contre les inégalités familiales d’accès à la connaissance. Sortir de l’idée de la classe, décloisonner, permettre la fluidité, les projets, une autre architecture scolaire même. Et enfin, on peut penser à de vraies politiques publiques volontaristes, par exemple du busing (transporter les élèves vers d’autres quartiers), des magnets schools (proposer des options rares et recherchées dans des établissements de quartiers difficiles), ou des quotas sociaux (rigidifier la carte scolaire), pourquoi pas ?

(1) Béatrice mabilon-Bonfils est professeure d’université en sociologie, directrice du laboratoire EMA (école, mutations, apprentissages) de l’université de Cergy-Pontoise
(2) Geneviève Zoia, est professeuer d’université en ethnologie (Université de Montpellier, LIRDEF)

Cécile Olivier
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