Widget Cart and Widget My Account do not available

Robert Djian

Algérie: pas de blanc-seing à TEBBOUNE . William LEDAY

algerie

Algérie:pas de blanc-seing pour TEBBOUNE.  par William LEDAY

Notre diplomatie ne saurait faire fi ni des circonstances de l’ « élection » du président algérien, ni de la défiance totale dont il fait l’objet de la part de son propre peuple.

Après avoir prêté serment lors d’une cérémonie officielle à Alger, le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune succède à Abdelaziz Bouteflika, dont il fut le Premier ministre. Notre diplomatie ne saurait faire fi ni des circonstances de son élection, ni de la défiance totale du peuple algérien à l’égard de celui qui incarne désormais un système corrompu et sclérosé.

  Porté par un simulacre de scrutin démocratique précédé d’une parodie de campagne, l’ancien premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, aurait été élu dès le premier tour avec 58% des voix grâce à un taux de participation officielle de 39,9%. L’usage du conditionnel est de mise compte-tenu de l’absence totale d’impartialité dans la tenue de ce scrutin et de contrôle international, la régularité du scrutin est donc en cause. Succédant à une série de procès condamnant pour corruption d’anciens hiérarques du régime, cette mascarade démocratique ne saurait faire illusion, ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord la nature même du Hirak (mise en mouvement) qui bat le pavé d’Alger, de Tizi-Ouzou, d’Oran, de Constantine vendredi après vendredi, sans que l’intensité des manifestations ne baisse. Or, comme tout processus révolutionnaire, ce mouvement, non-violent, jeune et féminin, brasse l’identité plurielle du peuple algérien que le régime en place s’obstine à nier depuis l’indépendance en 1962. Ces deux éléments qui ont contribué à abattre le mur de la peur hérité de la décennie sanglante et instrumentalisé par l’Etat algérien, font qu’aucun terrain d’entente ne peut être trouvé avec un système clanique que les résultats délégitiment sur tous les plans.

La nature de ce système, et c’est la deuxième raison, qui n’a fait que se relégitimer en interne, ne semble envisager autre chose qu’un vague compromis avec le Hirak. Et pour cause, le pari du général Gaïd Salah repose originellement sur le déni, le déni d’un mouvement qui embrasse le peuple dans sa diversité, le déni de réalité consistant à gouverner avec des institutions dont la vacuité est consubstantielle au régime. Or, compte-tenu de l’ampleur du processus révolutionnaire en cours, seule une transition, avec une plate-forme aboutissant à une constituante en bonne et due forme, est envisageable. De fait, le régime agonisant ne peut avoir d’autre rôle que de faire en sorte que ce processus ait lieu.

Eu égard aux relations complexes que la France entretient avec Alger, ou plutôt avec le régime, Paris n’a aucun intérêt à reconnaître la victoire d’Abdelmadjid Tebboune, là encore pour plusieurs raisons. La première est formelle et repose sur l’irrégularité du scrutin, celui-ci ne peut tenir de prétexte à une reconnaissance ou à un quelconque blanc-seing. La déclaration du Président de la République, Emmanuel Macron, qui a « pris note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune va dans ce sens : « Je souhaite simplement que ces aspirations exprimées par le peuple algérien trouvent une réponse dans le dialogue qui doit s’ouvrir entre les autorités et la population (…) Il appartient aux Algériens d’en trouver les voies et moyens dans le cadre d’un véritable dialogue démocratique et je leur dis, avec respect et amitié, que dans ce moment crucial de leur histoire, la France se tient à leurs côtés. » Les réactions de l’Union européenne et de bien d’autres capitales devraient être de la même teneur.

Jusque-là, le rapport de la France au monde est resté guidé par la realpolitik, un mode de fonctionnement consistant à ajuster les relations de deux États à l’aune de leurs seuls intérêts. Cette conception courtermiste et étroite appréhende avec beaucoup de difficultés les tendances lourdes façonnant les relations internationales et tend à ignorer les aspirations des peuples. Qui peut dire aujourd’hui que ce qui se passe en France ne concerne en rien les pays européens, les pays d’Afrique du Nord ou subsaharienne et inversement ? Pour avoir évacué la question des valeurs au nom d’une certaine realpolitik, la France n’a pas su accompagner les premiers Réveils arabes et soutenir par exemple les démocrates en Tunisie alors que près de 721 000 d’entre eux résident en France, et par excès inverse, a lamentablement échoué en Libye.

Afin de ne pas reproduire ces mêmes erreurs, la France doit donc accompagner ce mouvement populaire, très semblable à la révolution tunisienne de 2011, aspirant à un cadre démocratique sincère et à un Etat de droit. Il n’est évidemment pas question d’ingérence dans les affaires algériennes, mais d’interagir avec les aspirations populaire d’une société avec laquelle la France partage une histoire, des liens économiques, intellectuels et migratoires, et dont deux millions de ressortissants ont un pied ici et un autre là-bas. Dans un monde globalisé où la question identitaire anime bon nombre de crises, la question des valeurs a vu son importance s’accroître et devient fondamentale pour la France dont l’image est traditionnellement associée aux droits de l’homme et la voix souvent considérée comme alternative au sein des enceintes internationales. C’est donc au nom des valeurs, de sociétés civiles qui interagissent, d’une histoire et d’un avenir communs, que la France doit se positionner. La France et l’Algérie, avec d’autres, ont la Méditerranée en partage. L’histoire de celle-ci ne peut s’écrire sans ces deux grands pays.

William Leday est diplômé de Sciences Po Aix en Provence, ancien conseiller parlementaire,titulaire d’un D.E.A d’histoire, il est spécialisé, en affaires stratégiques et en communication politique, qu’il enseigne à Sciences Po Paris.

Dix ans après la disparition de Bruno ETIENNE. William LEDAY

10 ans après sa disparition : penser pour panser le monde avec Bruno Etienne.

Par William Leday, membre du collectif «Chronik» et enseignant à Sciences Po Paris.

A l’heure où le peuple algérien prend son risque pour conjurer un destin écrit par une poignée d’oligarques, que le Président de la République souhaite mettre la loi de 1905 sur le métier législatif, que des polémistes tentent, avec l’hijab de course, de jeter de l’huile sur le feu identitaire qui couve au sein d’une société française en pleine ébullition sociale, les écrits et les analyses de Bruno Etienne, politologue décédé il y a tout juste dix ans, restent autant de grilles de lecture éclairantes.

Il y a 10 ans, un triste soir de mars 2009, disparaissait Bruno Etienne, endeuillant une communauté d’étudiants, d’ex-étudiants, d’amis, autant chercheurs que cherchants, attachée à une pensée singulière qui, de son vivant, ne pouvait laisser indifférent, et une œuvre, dont la pertinence n’a jamais été démentie. C’est le cas de la lecture qu’il faisait des évolutions qui touchent le continuum méditerranéen qu’il imaginait tel une Grenade éclatée, dont les « grains qui sont dans le même éclatement, dans la même enveloppe dure, amère et hostile, des grains qui éclatent mais qui en même temps restent ensemble. » que d’une société française qui intègre de moins en moins et relègue de plus en plus, dont il pressentait la fragmentation qui se donne aujourd’hui à voir.

N’écrivait-il pas en 2005 au sujet de la flambée des violences qui se propagea dans les banlieues qu’elle « ne saurait s’expliquer exclusivement par le défaussement (réel) de l’Etat : (…) une crise sociale révélée en partie par le « non » au référendum sur l’Europe entre les perdants et les gagnants de la « mondialisation libération ». Et il faut se préparer à la prochaine étape : quand (…) les blancs se lèveront et donc se soulèveront de façon politiquement organisée. » (La République brûle-t-elle ? : Essai sur les violences urbaines françaises, 2006) ? Une intuition nourrie par une sociologie de terrain conjuguée avec une pensée critique mise en exergue aujourd’hui avec le phénomène des gilets jaunes.

Un savant au diapason avec la transformation du monde …

Penseur de la complexité, il assumait les résultats pour le moins désarmants et dérangeants de ses recherches appuyées par des enquêtes de terrain. A cet égard, il estimait que les recherches condamnaient le chercheur à être en porte-à-faux avec le corps social auquel il appartient puisque « la sociologie, donc a fortiori la science politique, ne peut naître que dans une société qui s’interroge sur elle-même ». En ce sens, il s’inscrivait volontiers dans le sillage des Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu … autant de passages obligés pour ses étudiants.

Tour à tour sociologue et anthropologue, Bruno Etienne ne jurait donc que par l’analyse de terrain. Ainsi, ayant fait ses premières armes universitaires en Algérie comme coopérant du premier gouvernement postindépendance, et au Proche-Orient, il fut le premier, avec Olivier Roy, à comprendre les mutations idéologiques que connaissait l’islamisme politique au sein d’un monde arabo-musulman désillusionné par la défaite de 1967 – celle-ci ayant sonné le glas du panarabisme et du progressisme arabe. Cette évolution accoucha de l’islamisme radical – terme forgé par lui – au tournant des années 80, dont l’Afghanistan et la guerre de Yougoslavie furent les matrices et les terrains d’expérimentation.

De même, ses travaux sur la place de l’islam en France et sa participation à la polémique autour de ce que l’on appelait alors le foulard islamique, mirent à nu les contradictions d’une république française, tourmentée dans sa dimension moniste – car remise en cause par le fait multiculturel – et hantée par la perte de son empire colonial. A cet égard, la politique extérieure française démontre bien, tant dans ses motivations universalistes que dans la mise en œuvre, que le deuil n’est pas achevé.

Sur le concept de laïcité, qui fait l’objet de débats aussi épisodiques que passionnels depuis près de trois décennies, il pointait une terminologie polysémique et donc féconde en polémiques (car recouvrant au moins selon lui quatre sens différents) tendant à cliver une société en proie au retour de la religiosité (et non des religions) et des identités locales… A l’aune de ces débats, il soulignait à juste titre que les débats sur le voile, ceux relatifs à la place des religions ou des langues régionales, ne faisaient que mettre en lumière l’incapacité du modèle républicain à se renouveler et à prendre en compte un fait multiculturel sociologiquement incontestable et l’individualisme croissant en butte avec les limites de la modernité.

… et engagé dans la cité.

L’une de ses thématiques de prédilection fut la place de l’islam en France sur laquelle ses recherches jetèrent une lumière crue. Considérant qu’on demandait aux musulmans de France d’accomplir en quelques décennies ce que d’autres cultes, comme les protestantismes ou le judaïsme, ont accompli en plusieurs siècles, il avait été le premier à proposer la mise en place d’une instance représentative du culte musulman afin d’aider à faire de l’islam, religion anarchique du point de vue institutionnel, un culte à égalité avec les trois autres monothéismes (catholicisme, judaïsme et protestantisme), et de permettre à un islam de France (encore un terme qu’il avait promu) d’éclore. On l’ignore souvent, mais il existe bien une gestion des cultes en France qui incombe au ministère de l’intérieur, la loi de 1905 disposant que l’Etat assure le libre exercice du culte. Nicolas Sarkozy, qui s’appropria l’idée en même temps que bien d’autres personnalités politiques, s’attachera à en réinventer la forme, pour le plus grand malheur de nos concitoyens musulmans. En effet, dans sa forme actuelle le Conseil français du culte musulman se trouve être également indirectement représentatif des intérêts de puissances extérieures telles que l’Algérie, le Maroc et la Turquie, autorisées à y avoir des représentants et donc à s’ingérer dans les affaires cultuelles d’un islam de France tardant à s’affirmer. Il fut l’un des seuls à dénoncer alors cette anomalie.

De cette urgence à penser un présent en évolution rapide, et parce que le temps pressait pour étudier le regain de religiosité que connaissaient les sociétés modernes au lendemain de l’effondrement du bloc de l’Est, Bruno Etienne initia l’étude du fait religieux par la science politique. Ainsi naquit en 1992 sur son instigation l’Observatoire du religieux, dont Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, fut la fossoyeuse… néanmoins, cette initiative se multiplia au sein d’autres institutions.

Ainsi ses recherches, de par leurs conclusions en porte-à-faux avec l’opinion majoritaire, trouvaient le chemin de la polémique. Bruno Etienne avait à cœur de sortir du monde confiné des chercheurs afin de participer pleinement aux débats publics. Il stipendiait alors l’audimatisme et la dimension émotionnelle des débats qui, par des raccourcis, conduisent à nier la complexité des sujets, même s’il concédait que « Bruno Etienne, le citoyen, [est] républicain et laïc », pensait différemment. Il incarnait ainsi l’écart, et c’est un fil rouge de sa trajectoire d’universitaire engagé, le fossé, mis en lumière par Max Weber, entre le savant et le politique.

Un intellectuel méditerranéen en quête d’universel.

Provençal de naissance et de culture – au point que Maurice Duverger, siégeant dans son jury d’agrégation, moqua son accent invraisemblable, ce à quoi il rétorqua que : « (…) le jacobinisme m’a chassé de ma langue comme le colonialisme a chassé le fellah de sa terre » – il s’attacha à incarner une forme de résistance à l’emprise du centre sur la périphérie.

Refusant de faire sa carrière à Paris, coopérant déçu des premiers gouvernements de l’Algérie indépendante, socialiste de tendance marxiste dans ses premières années, il avait très vite saisi les impasses du modèle moniste tant sur cette terre d’Afrique du Nord qui réprimait les aspirations démocratiques (et non indépendantiste) kabyles, qu’en France. Il opta donc pour une trajectoire qui épousait les pourtours de la Méditerranée encore empreinte de son aura. A cet égard, il estimait que l’avenir de l’Europe, à l’heure où celle-ci s’attachait à intégrer les ex-pays de l’Est, résidait dans ce « continent liquide, aux frontières solides et aux habitants mobiles. » qu’est la Méditerranée.

Sociologue des marges de la société moderne, son champ d’études s’étendit donc au-delà de la simple question de l’islam à celles des cultes non officiellement reconnus et de la résurgence des identités locales dont il soulignait l’inéluctabilité au regard de la faillite du pacte républicain et de la mondialisation/globalisation – qu’il appelait westernalisation. Cet intérêt pour les marges de la société, la rive Sud, l’impermanence du monde moderne et pour tout ce qui éveillait les esprits à la complexité, ainsi que le rapport qu’il entretenait avec le personnage de l’Emir Abd el-Kader, dont il est sans aucun doute le meilleur biographe, révélait sa quête (sa soif ?) d’universel.

Dans un de ses derniers textes, paru en 2008, il s’interrogeait sur ce « que pourrait être une véritable spiritualité laïque, c’est-à-dire dégagée de la doxa des institutions magistérielles, qu’elles soient religieuses ou politiques, pour un 21ème siècle solidaire de toute l’humanité et non pas repliée sur ce bout du Finistère de l’Eurasie comme, hélas ! l’ont choisi – volens nolens – les Français peureux et apeurés … eux qui avaient proposé au monde entier l’universalité de leurs valeurs. » Concluant, au crépuscule de sa vie que « seuls la modestie lucide, le refus de l’ethnocentrisme, de la paranoïa et de l’arrogance universaliste du narcissisme nationalo-jacobin ou celui d’Eglises ayant la prétention au monopole du Salut, conjugués au catastrophisme éclairé selon le mot repris à Hans Jonas, pourront nous permettre de conjurer le mal suprême qui consiste à ne voir dans l’Autre qu’un ennemi potentiellement dangereux pour l’entre-nous alors que la différence enrichit l’humanité …».

Dix ans après, ses analyses n’ont pas pris une ride et ses intuitions s’avèrent malheureusement justes et ses écrits restent d’actualité,

Dix ans après, sa voix à la fois lumineuse et provocante manque au débat aujourd’hui dominé par des polémistes colportant des lectures historiques erronées.

Dix ans après, le vide laissé par son départ de celui qui tint lieu de maître à penser pour beaucoup d’entre nous est toujours aussi grand.

William LEDAY est diplomé de Sciences PO Aix en Provence, titulaire d’un DEA en Histoire. Ancien conseiller parlementaire, il est spécialisé en affaires stratégiques, qu’il enseigne à Sciences Po, et en communication politique.

Abd-El-Kader,Franc Maçonnerie,Islam par Thierry ZARCONE

Cher ami(e), l’Association Les Amis de Bruno ETIENNE à le plaisir de vous convier à sa prochaine conférence, le mercredi 20 Mars 2019, à 18h15, à l’Institut d’Etudes Politiques, d’Aix en Provence, 20 rue Gaston de Saporta:ABD-EL-KADER, Franc Maçonnerie et Islam.Cette conférence sera animée par

Thierry ZARCONE,Directeur de recherche au CNRS, Membre du laboratoire GSRL, Ecole Pratique des Hautes Etudes

Franck FRGOSI, Professeur de Sciences Politiques à Sciences Po Aix.

LES NOUVEAUX ENJEUX DE LA LAÏCITE. JL.BIANCO

Nous vous signalons la conférence organisée par Sciences Po Aix le 28 Janvier 2018, à 18h 15.

Jean Louis BIANCO, Président de l’Observatoire de la Laïcité, ancien secrétaire général de l’Elysée nous propose une conférence sur »LES NOUVEAUX ENJEUX DE LA LAÏCITE« .

IEP Aix en Provence. Amphi Bruno Etienne 

ASSEMBLEE GENERALE LES AMIS DE BRUNO ETIENNE

Assemblée Générale de l’Association Les Amis de Bruno ETIENNE
                                            IEP Aix en Provence 5 novembre 2018

L’Assemblée générale de l’Association Les amis de Bruno ETIENNE s’est tenue le 5 novembre 2018, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence.

Etaient présents : Maryse Etienne, Robert Djian, Franck Fregosi, Donato Navarro, Jeanne Chiola, Miche Pellegrin, Magdeleine Van den Bergh, David Pelage, Gonzague Petit
Procurations : Véronique Etienne, Florence Ayel, Gérald Almira , Jeannine Levy, Paul Macquart .Moulin, Hervé Casini, Marlène Chambert.

Ordre du jour

1.Election du bureau : se sont présentés Maryse Etienne présidente, Franck Frégosi vice président, Robert Djian secrétaire, Gérald Almira trésorier, Hervé Casini et Johan Kraft conseillers. Ils ont été réélus à l’unanimité

2 Bilan financier : le nombre des adhérents qui cotisent diminue régulièrement. L’hébergement du site brunoetienne.com , fait partie des dépenses habituelles, pour un montant de 200 € par an, ainsi que les frais de gestion du compte bancaire. Le solde au premier octobre 2018 est de 6699,50€. Le quitus est accordé à l’unanimité.

3. Bilan d’activité 2017-2018 : conférence de François Burgat en janvier 2018 : Le Yemen en guerre : une crise si compliquée que cela ?
L’association a été partenaire de deux évènements aixois.
Le 29 septembre 2018, dans le cadre de l’association maçonnique Le Grand Orient de France, un colloque en hommage à Bruno Etienne s’est tenu sur le thème : Economie et Processus religieux. A cette occasion, un prix Bruno Etienne a été créé et attribué à un étudiant de l’IEP.
Le 5 octobre 2018, une table ronde a été organisée par l’association Les Anciens Élèves de l’IEP, en hommage à 3 figures professorales : Raphael Draï, Jean François Mattei et Bruno Etienne.

4 Perspectives 2018-2019
Thierry Zarcone présentera son dernier ouvrage : Abdel Kader vu par les Francs Maçons. Patrice Berganini, ambassadeur de l’UE à Tunis, évoquera la politique européenne en Méditerranée.
Claude Aziza : Le dernier juif de Rome.
Le projet documentaire de David Pelage est en voie de finalisation.

La séance est levée à 20h.
Pensez à nous adresser votre nouvelle adresse électronique, et postale, ainsi que votre cotisation.
La présidente                       Le secrétaire                  Le trésorier
Maryse Etienne                    Robert. Djian                    Gérald Almira

LE MAGAZINE DE L’EDUCATION.

Nous vous invitons à prendre connaissance d’un nouveau magazine

Le Magazine de l’Education

05.04.201730.04.2017

Voici le numéro zéro du Magazine de l’éducation… Edité par la plateforme TECHEDULAB de l’Université de Cergy-Pontoise, il s’adresse aux professionnels, décideurs des politiques de l’éducation mais aussi à qui veut comprendre les faits éducatifs. Le numéro zéro décrypte les programmes éducation des candidats à la présidentielle. « Mettons l’éducation au coeur des débats politiques » ! Philippe Meirieu

L’enjeu du Magazine de l’éducation est d’étudier et de permettre de comprendre ce que sont les phénomènes éducatifs en mutation, de les faire comprendre afin de construire des conditions d’évolution.

 

NUMERO 0

Le premier numéro s’intéresse aux programmes des candidats à l’élection présidentielle ainsi qu’à l’architecture et l’environnement scolaire.

Quels enjeux éducatifs pour 2017 ? Quelle politique pour l’école et l’éducation ? Comment construire l’école de demain ? Les conceptions des salles de classe et des écoles ont-elles de l’importance dans le bien-être à l’école et dans la qualité d’apprentissage ? Retrouvez toutes les réponses dans ce numéro !

Télécharger le numéro zéro :

LE MAGAZINE DE L’EDUCATION – NUMERO 0 – MARS 2017

Bonne lecture !

 

Directeur de la publication : François Germinet

Rédacteur en chef : Alain Jaillet

Responsable éditoriale : Béatrice Mabilon-Bonfils

Charte graphique : Enzo Archiapati

 

DICTIONNAIRE DE LA MEDITERRANEE

dictionnaire

Dictionnaire de la Méditerranée

Sous la direction de Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy

en collaboration avec Gisèle Seimandi

Actes Sud, avec le concours de 
la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (Aix Marseille Université / CNRS)
Parution le 5 octobre 2016

 

 

Le Dictionnaire de la Méditerranée se propose de rendre compte des récents travaux consacrés aux savoirs, aux territoires, aux mémoires, aux figures emblématiques et aux pratiques d’une aire d’une grande complexité et d’une exceptionnelle richesse.

Associant toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, il dresse l’état des lieux des connaissances actuelles et met l’accent sur la diversité des perceptions et des contextes, ainsi que sur les mouvements et les champs de réflexions scientifiques en construction. Il interroge la Méditerranée dans son cadre spatial et culturel, dont il explore toutes les facettes, depuis les filiations partagées jusqu’aux fractures réitérées.

La structure alphabétique de ce dictionnaire permet de conjuguer de nombreux champs disciplinaires, comme une grande diversité d’échelles de temps et d’espaces, de sensibilités, de regards et de langues.

Sans visée encyclopédique et sans prétention à l’exhaustivité, l’ouvrage a vocation à devenir un outil de travail et un support pour la réflexion. Il est destiné aussi bien aux étudiants et aux chercheurs qu’aux acteurs culturels, économiques et politiques, ainsi qu’à tous les lecteurs sensibles au devenir de l’aire méditerranéenne.

L’ambitieuse entreprise éditoriale du Dictionnaire de la Méditerranée est fondée sur l’ensemble des travaux de recherche produits par le réseau d’excellence européen Ramses², qui réunit trente centres de recherche et universités.

Élaborée en deux langues (français et arabe), elle a été menée à bien grâce à l’apport de comités éditoriaux internationaux et interdisciplinaires.

 

“ Le dictionnaire constitue dans son ensemble une invitation au voyage en Méditerranée : une Méditerranée particulière, saisie à travers le prisme des sciences humaines et sociales.”

 

La version arabe (à paraître) à la Fondation du Roi Abdul Aziz (Casablanca) est coordonnée au Maroc par Mohamed Saghir Janjar et Mohamed Tozy.

La version française, avec le concourt de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, est réalisée par une équipe éditoriale basée à Aix-en-Provence : Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy en assurent la direction scientifique, en collaboration avec Gisèle Seimandi (coordination et préparation éditoriale) et Abdelmajid Arrif (édition électronique).

Les notices ordonnées alphabétiquement couvrent cinq grands axes :

  • les savoirs
  • les espaces
  • les histoires et les mémoires
  • les figures
  • les pratiques

 

 

“ Le lecteur pourra y trouver le dessin de paysages épistémologiques variés, parfois inattendus  il pourra constater la pluralité des vues et des horizons, approfondir ses connaissances sur certains points, peut-être s’étonner d’autres aspects.”

 

40 personnalités scientifiques impliquées dans le comité scientifique 169 auteurs

4 langues de rédaction 2 langues de publication 207 entrées 1728 pages

1 900 références bibliographiques 920 mots-clés 1 index thématique

1 index des noms propres 1 index des noms de lieux 1 chronologie des cartes

 

 

ÉDITION SOUS LA DIRECTION DE

Dionigi Albera, anthropologue, directeur de recherche (CNRS, Aix Marseille Univ, IDEMEC, Aix-en-Provence, France).

Parmi les principaux thèmes abordés dans ses travaux figurent les processus de mobilité, la parenté et les configurations de l’organisation domestique, les pèlerinages et les phénomènes de mixité dévotionnelle dans le contexte des religions monothéistes. Il a notamment codirigé L’Anthropologie de la Méditerranée (Maisonneuve et Larose, 2001), La Méditerranée des anthropologues (Maisonneuve et Larose, 2005), Religions traversées. Lieux saints partagés entre chrétiens, musulmans et juifs en Méditerranée (Actes Sud, 2009), Dieu, une enquête. Judaïsme, christianisme, islam : ce qui les distingue, ce qui les rapproche (Flammarion, 2013), et International Perspectives on Pilgrimage Studies: Itineraries, Gaps and Obstacles (Routledge, 2015). Il est auteur d’Au fil des générations. Terre, pouvoir et parenté dans l’Europe alpine. XIVe-XXe siècles (Presses universitaires de Grenoble, 2011).

Maryline Crivello, historienne, professeure des Universités (Aix Marseille Univ, CNRS, TELEMME, Aix-en-Provence, France).

Elle est spécialiste des usages du passé, des questions mémorielles et des médias en Méditerranée. Elle a codirigé Télévision et Méditerranée. Généalogie d’un regard (INA-L’Harmattan, 2008), Les Échelles de la mémoire en Méditerranée (Actes Sud, 2010) et La Traversée des mémoires en Méditerranée (Presses universitaires de Provence, 2016).

Mohamed Tozy, politologue, professeur à Sciences Po d’Aix-en-Provence, chercheur au CHERPA (Sciences Po, Aix-en-Provence, France) et au CRESC (Faculté de gouvernance et de sciences économiques et sociales, Rabat, Maroc).

Il est spécialiste des mouvements religieux et des régimes politiques dans le monde arabe. Il est auteur de Monarchie et islam politique au Maroc (Presses de Science Po, 1999, rééd.), ouvrage traduit dans plusieurs langues et devenu un classique des analyses de sociologie historique. Il est coauteur de L’Islam au quotidien (La Croisée des chemins, 2013, rééd.), de L’État d’injustice au Maghreb : Maroc, Tunisie (Karthala, 2015). Il a codirigé La Méditerranée des anthropologues (Maisonneuve et Larose, 2005).

 

 

Extrait de la préface :

Le dictionnaire constitue dans son ensemble une invitation au voyage en Méditerranée : une Méditerranée particulière, saisie à travers le prisme des sciences humaines et sociales. C’est un portulan, un insulaire, qui permet de circuler dans la somme des savoirs accumulés sur cet espace. Le lecteur pourra y trouver le dessin de paysages épistémologiques variés, parfois inattendus ; il pourra constater la pluralité des vues et des horizons, approfondir ses connaissances sur certains points, peut-être s’étonner d’autres aspects. La forme dictionnaire, non hiérarchisée, lui permettra d’organiser le voyage de manière personnelle, en suivant le fil de ses intérêts. Nous lui souhaitons bon vent !

 

 

Dictionnaire de la Méditerranée 1 index des noms propres 1 index des noms de lieux 1 chronologie des cartes

 

 

Agenda

 

ÉDITION SOUS LA DIRECTION DE

Dionigi Albera, anthropologue, directeur de recherche (CNRS, Aix Marseille Univ, IDEMEC, Aix-en-Provence, France).

Parmi les principaux thèmes abordés dans ses travaux figurent les processus de mobilité, la parenté et les configurations de l’organisation domestique, les pèlerinages et les phénomènes de mixité dévotionnelle dans le contexte des religions monothéistes. Il a notamment codirigé L’Anthropologie de la Méditerranée (Maisonneuve et Larose, 2001), La Méditerranée des anthropologues (Maisonneuve et Larose, 2005), Religions traversées. Lieux saints partagés entre chrétiens, musulmans et juifs en Méditerranée (Actes Sud, 2009), Dieu, une enquête. Judaïsme, christianisme, islam : ce qui les distingue, ce qui les rapproche (Flammarion, 2013), et International Perspectives on Pilgrimage Studies: Itineraries, Gaps and Obstacles (Routledge, 2015). Il est auteur d’Au fil des générations. Terre, pouvoir et parenté dans l’Europe alpine. XIVe-XXe siècles (Presses universitaires de Grenoble, 2011).

Maryline Crivello, historienne, professeure des Universités (Aix Marseille Univ, CNRS, TELEMME, Aix-en-Provence, France).

Elle est spécialiste des usages du passé, des questions mémorielles et des médias en Méditerranée. Elle a codirigé Télévision et Méditerranée. Généalogie d’un regard (INA-L’Harmattan, 2008), Les Échelles de la mémoire en Méditerranée (Actes Sud, 2010) et La Traversée des mémoires en Méditerranée (Presses universitaires de Provence, 2016).

Mohamed Tozy, politologue, professeur à Sciences Po d’Aix-en-Provence, chercheur au CHERPA (Sciences Po, Aix-en-Provence, France) et au CRESC (Faculté de gouvernance et de sciences économiques et sociales, Rabat, Maroc).

Il est spécialiste des mouvements religieux et des régimes politiques dans le monde arabe. Il est auteur de Monarchie et islam politique au Maroc (Presses de Science Po, 1999, rééd.), ouvrage traduit dans plusieurs langues et devenu un classique des analyses de sociologie historique. Il est coauteur de L’Islam au quotidien (La Croisée des chemins, 2013, rééd.), de L’État d’injustice au Maghreb : Maroc, Tunisie (Karthala, 2015). Il a codirigé La Méditerranée des anthropologues (Maisonneuve et Larose, 2005).

 

 

Extrait de la préface :

Le dictionnaire constitue dans son ensemble une invitation au voyage en Méditerranée : une Méditerranée particulière, saisie à travers le prisme des sciences humaines et sociales. C’est un portulan, un insulaire, qui permet de circuler dans la somme des savoirs accumulés sur cet espace. Le lecteur pourra y trouver le dessin de paysages épistémologiques variés, parfois inattendus ; il pourra constater la pluralité des vues et des horizons, approfondir ses connaissances sur certains points, peut-être s’étonner d’autres aspects. La forme dictionnaire, non hiérarchisée, lui permettra d’organiser le voyage de manière personnelle, en suivant le fil de ses intérêts. Nous lui souhaitons bon vent

 

 

ABDELKADER Franc-Maçon. François POUILLON.

François POUILLON, Directeur d’études à l’EHESS, nous propose une autre facette du héros algérien: ABDELKADER Franc Maçon.

 

François Pouillon* – “L’émir Abdelkader, franc-maçon ?!”, Qantara, 99, avril 2016, p. 48-51 (Dossier « La franc-maçonnerie dans le monde arabe »)

La révélation, en 1966, de l’appartenance de l’émir Abdelkader à la franc-maçonnerie à suscité en Algérie des réactions assez vives, et des débats largement argumentés entre historiens algériens et français. Retour sur un dossier aux multiples dimensions.

En Algérie, cela créa un certain malaise : l’année même où les cendre d’Abdelkader étaient acheminées en grande pompe de Damas où il avait été enterré, vers le carré des martyrs d’Alger, Xavier Yacono (1912-1990), historien universitaire des plus sérieux, publiait un article établissant que l’émir Abdelkader avait été franc-maçon[1]. L’histoire et la mythologie nationale se heurtaient sur un terrain où l’on ne pouvait pas si facilement disqualifier le dénégateur par l’étiquette infamante d’« historien colonial ».
Sans titre1

 

Que le résistant primordial à la pénétration française, récemment désigné à la place fondamentale de héros-fondateur de la république algérienne ait été affilié à une association aussi suspecte que la franc-maçonnerie, cela faisait un peu désordre. Et cela mettait sévèrement en cause le bunker historiographique que l’Algérie avait construit à son propos autour de quelques principes : limiter la vie de l’émir aux seules années 1832-1847, quinze ans pendant lesquels Abdelkader avait guerroyé contre la pénétration militaire française en Algérie et tenté alors d’organiser, dans l’Ouest algérien, l’ébauche d’un Etat qui préfigurait de lui de l’indépendance ; passer sous silence le fait que l’émir avait été, à la suite de son père, le cheikh de la puissante confrérie Qadiriyya ; jeter un voile sur 35 ans d’une carrière orientale très riche, pendant laquelle il avait multiplié les déclarations d’allégeance vis-à-vis de la France, et la brochette de décorations qu’il avait reçues des puissance européennes suite à sa courageuse intervention en faveur des chrétiens arabes de Damas lors des pogroms dont ils étaient l’objet en juillet 1860 ; oublier enfin les volumes d’écrits mystique qu’il avait publiés à Damas, et le vœux solennel qu’il avait fait de rester après sa mort auprès de son maitre en ce domaine, Ibn ‘Arabi. Maintenant on allait dire, en plus, qu’il était franc-maçon ! C’était miner un peu plus la statue du commandeur que l’Algérie entendait ériger sur son personnage.

À propos d’un débat compliqué et biaisé, je voudrais l’analyser ici sous deux angles. D’abord faire le point sur les faits archivés par lesquels on établit (ou critique) cette adhésion et voir comment on peut ruser avec les documents. Ensuite chercher à comprendre les raisons d’une récusation aussi radicale de la part de l’Algérie, à propos d’une affiliation à la franc-maçonnerie, chose qui n’était à cette époque ni infamante, ni odieuse.

Un immense malentendu

La contre-attaque la plus vigoureuse vint de Mohamed-Chérif Sahli, un « historique » du FLN, néanmoins historien professionnel de son état[2]. De fait, son texte était très solidement argumenté et ne laissait de côté aucun point de la documentation exhumée par Yacono. D’autres essayistes algériens lui emboitèrent le pas, notamment un certain Dr Benaïssa, dont l’argumentation était beaucoup plus désordonnée. Ils avaient en commun une conviction, si radicale que cela soulève le soupçon, de considérer comme impossible, par une démarche hypercritique, la possibilité même d’une adhésion formelle de l’émir à la franc-maçonnerie.

Relevons les faits qui, quelle que soit la position dans le débat, ne sont pas contestés :
1. Suite aux événement de Damas en1860, la Loge Henri IV du Grand Orient de France envoie à Abdelkader une lettre enthousiaste l’enjoignant à rejoindre leur société. Il y répond, comme a son habitude, de la manière la plus courtoise, remerciant notamment ses correspondant de l’envoi d’un petit bijoux maçonnique qu’il accepte volontiers, comme il va le faire pour la batterie de décorations qu’il recevra des grande capitales européennes – notamment un grand cordon de la Légion d’honneur.

Lettre d’Abdelkader à la loge HenriIV. Damas, 26 février 1861.

Sans titre2

  1. Retour de son long séjour à La Mecque en 1863-64, Abdelkader est fraternellement accueilli, le 18 juin 1864, par les frères de la loge de Pyramides, sise à Alexandrie, mandatés par la Loge Henri IV pour formaliser son adhésion.Sans titre3
  2. Lors de son séjour triomphal en France, pendant l’été 1865, l’émir a deux contacts significatifs avec la franc-maçonnerie : Le 1er juillet, il reçoit une délégation du Grand Orient, pour décider d’une réunion formelle. Requis par des obligations sans doute plus importantes, il ne peut finalement se rendre à la séance convoquée en son honneur le 26 août.

Ces approches formelles donnent lieu une abondante correspondance et à la production de nombreux documents (reproduits par Yacono et Etienne[3]) qui ont été soigneusement examinés par les différents intervenants de ce débat. De l’analyse des textes dans leurs versions arabe et française, soigneusement collationnés par Bruno Etienne, il ressort que c’est un immense malentendu, d’ailleurs réciproque, qui s’établit entre l’émir et ses « frères » maçons. Ceux-ci s’enthousiasment de la légende héroïque de l’émir, ignorant totalement ses dispositions spirituelles. Pour lui, cet échange n’est qu’une pièce de plus dans le très riche réseau de relations qu’il entretient depuis 1848 avec nombre de personnalités influentes sans restriction, y compris quelques militaires qui se sont rendus coupables de crimes de guerre en Algérie. Il n’est d’ailleurs pas effarouché par les débordements ésotériques d’une confraternité qui est, en somme, en Occident, ce qui ressemble le plus à une confrérie soufie.

Quand Abdelkader a-t-il décidé de s’en écarter ? Sahli réduit évidemment au minimum cette mauvaise fréquentation, et voit une rupture dans le rendez-vous manqué de 1865. Mais il est attesté que de liens personnels se sont maintenus et l’autre hypothèse, soutenue notamment par Bruno Etienne, est que l’émir est resté dans cette mouvance au moins jusqu’au tournant laïque de l’honorable société, en 1877. Tous les interprètes s’accordent néanmoins sur un point : pendant ses années d’« adhésion », il n’a jamais eu une grande activité militante dans le cadre maçonnique.

Le démon de l’anachronisme

Revenons à ce qui fâche : Sahli et derrière lui d’autres analyste algériens, nient énergiquement qu’Abdelkader ait véritablement été admis comme maçon. Au delà des points incertains que l’on invoque toujours comme contre-preuve, des documents demeurent sur une rapprochement réel que l’on ne peut récuser. L’argument pour les évacuer ? Il est en dernier ressort conceptuel : cela va contre l’image que l’on se fait alors de l’émir en Algérie et, du coup, certains textes qui lui sont imputés « paraissent absurdes et inconcevables » (Sahli, p. 36). L’émir n’aurait pas pu adhérer à une organisation potentiellement athée ; s’agit donc de « certitude morale » (p 39). Pour Sahli, ce serait une manipulation politique de Napoléon III ; pour d’autres, ce serait, de la part des autorités maçonniques, une opération de captation qui opération de captation qui els aurait conduit à fabriquer des faux ou rectifier certains documents compromettants. C’est ignorer que, s’agissant de pièces d’archives réparties entre différents dépôts, une telle forgerie n’est pas si facile à réalise – sans compter qu’on en voit mal l’utilité puisque la chose était appelée à rester, pour un bon siècle, complètement confidentielle.

Comment reconsidérer tout cela sur des bases rationnelles ? Dans cette affaire, le débat est miné par le démon de l’anachronisme. D’abord, la figure d’Abdelkader est évidemment plus complexe que ce qu’en retient la fiction nationaliste fabriquée après 1966. Ensuite, la franc-maçonnerie des années 1860, n’est pas la même que celle qui s’illustra, sous la troisième république, dans la défense d’une laïcité, ce qui l’écartait certainement de l’humanisme déiste, teinté de spiritualité polymorphe, héritière en Orient des doctrines Saint-simoniennes. Enfin et surtout, si les intellectuels organiques de l’Etat-FLN ont une sainte horreur de cette association, c’est qu’ils reprennent des idées schématiques développées dans les milieux catholiques intégristes et dans la droite française de l’entre-deux-guerres, celle qui stigmatisait les complots « judéo-maçonniques ». Sur ce point encore, le régime algérien de l’indépendance hérite de la colonie dont il a repris les goûts provinciaux et les fantasmes.   Toutefois, comme c’est souvent le cas, ceux qui veulent arrêter l’histoire sous quelque formulation définitive se trouvent vite rattrapés par elle. Les travaux rigoureux d’une pléiade de chercheurs européens d’inspiration soufie (Chodkiewicz, Etienne, Lagarde, Geoffroy, Bouyerdène) ont considérablement éclairé et enrichi ce qui touche à la dimension spirituelle de l’émir, à partir de 1852.

 

 

Sans titre4

Hocine Ziani – Abdelkader méditant, Alger, 2007
Il devient difficile, pour cause de réformisme anti-maraboutique, de l’enfermer dans sa seule mission guerrière et politique face à la conquête française. D’autant que l’irruption islamiste dans le pays, invite les politiques eux-mêmes à chercher à brandir contre des idéologies intégristes « venues de l’étranger », l’idée d’un islam proprement algérien. Les différentes associations « émir Abdelkader » se sont attaché à le faire reconnaître comme « héros des deux rives », trait d’union entre Orient et Occident, entre Islam et modernité, et cela pourrait bien conduire à faire admettre enfin, et reconnaître son détour maçonnique comme exemplaire.

]Sur un tableau situé à Paris rue Cadet, au siège du Grand Orient de France

 

Plus sans doute que les pièces d’archives, les correspondances, les témoignages invoqués par Yacono, la présence d’un tableau grand format de l’émir, conservé rue Cadet, au siège parisien du Grand Orient de France, semble avoir constitué un indice fort de l’adhésion de l’émir à la franc-maçonnerie. C’est là une preuve supplémentaire de la puissance des images dans la représentation de l’histoire en Algérie. Mais, en fait, ce n’est là qu’un témoignage du respect que la vénérable institution portait un homme qu’elle honore comme un membre éminent .

Sans titre5

Regardons en effet la généalogie de cette image. Le tableau qui a été exécuté au début du XXe siècle , est l’oeuvre d’un certain Simon Agopian(1857-1921), un peintre arménien ayant étudié et exercé à Istanbul comme sujet ottoman.Il ne figure pas au Bénézit mais, à la faveur du regain d’intérêt pour la peinture orientaliste,un certain nombre de ses toiles, , avec des figures et des spectacles typiques,ainsi que des représentations de monuments stambouliotes, sont apparues en salle de vente. Le peintre pratiquait aussi le portrait officiel:il exécuta celui du sultan AbdulhamitII. Il travaillait régulièrement à partir de photographies, et c’est d’ailleurs sur cette base qu’en 1906, soit vingt trois ans après la mort de l’émir, il a peint ce tableau. Il reproduisait là, mais en grand et en couleur, un cliché célèbre réalisé quarante ans plus tôt dans le studio des frères Abdullah, des arméniens eux aussi. En 1865 en effet, Abdelkader, lors d’une escale officielle à Istanbul, alors qu’il était en route vers Paris, s’était arreté chez ces »photographes officiels de la cour du sultan »(4)

Sans titre6

 

C’était son premier voyage en France depuis son intervention héroïque lors des pogroms anti chrétiens de Damas en 1860, où il avait sauvé nombre de vies. Ce geste fraternel d’un musulman vis- à- vis de chrétiens frappa les esprits. L’émir y gagna une immense renommée et une reconnaissance internationale, sanctionnée par la remise des plus hautes décorations qui lui furent envoyées des grandes capitales de l’Europe. C’est à la faveur de ce mouvement que des autorités maçonniques de Paris lui adressèrent l’invitation à se joindre à leur mouvement. Ce cliché était une sorte de portrait officiel très largement reproduit. L’émir lui même en avait acquis des exemplaires qu’il offrait en dédicace aux hôtes étrangers venus le visiter. Et c’est encore derrière ce portrait agrandi qu’en 1966 lors de son acheminement vers Alger, on fit défiler dans Damas le catafalque transportant ses cendres.

Le tableau était- il une commande du Grand Orient, ou bien a- t- il été acquis par la suite? Nous n’avons pu le savoir. C’est un fait que Bruno Etienne, lorsqu’il travaillait à son grand livre sur Abdelkader (Hachette 1994), racontait l’avoir retrouvé, remisé et en piteux état. Il en obtint la restauration et le tableau figura désormais en bonne place de choix, en face de la salle du grand temple Arthur Groussier.

Sans titre7

S’il devait constituer une preuve de l’adhésion de l’émir, celle ci a été détruite puisque l’oeuvre a été brulée lors de l’incendie (accidentel) qui ravagea cette partie du bâtiment le 19 septembre 2009.C’est une photographie fort proprement réalisée qui le remplace désormais (5,6).

Sans titre8

 

* Anthropologue, directeur d’études à l’EHESS.

[1] Xavier Yacono, « Abd el-Kader franc-maçon », Humanisme, 57, 1966, p. 5-35. Ce n’était pas la première fois que le positivisme de l’historien heurtait de front les mythes de l’idéologie nationale : dans un article critique fort précis, il avait établi que les victimes algérienne de la guerre n’avaient pas pu être ce « million et demi de martyrs » (miliûn u nosf) imprudemment proclamés, mais tout au plus 300 000.

[2] Mohamed-Cherif Sahli, « L’Émir Abdelkader, la franc-maçonnerie et Napoléon III » in L’Émir Abdelkader. Mythes français et réalités algériennes, Alger, Enap, 1988, p 15-40.

[3] Abdelkader et la franc-maçonnerie, Paris, Dervy, 2008

[4] Vazken Khachig Davidian, « Portrait of an Ottoman Armenian Artist of Constantinople. Rereading Teotig’s Biography of Simon Hagopian », Études arméniennes contemporaines, 4, 2014, p. 11-54. [En ligne]

.[5] Voir François Pouillon, « Images d’Abd el-Kader : pièces pour un bicentenaire », L’Année du Maghreb, 2008 (en ligne)

[6  Coïncidence : on venait de célébrer le bicentenaire de la naissance de l’émir. L’événement en fut marqué par l’édition du timbre… qui reprenait toujours le célèbre cliché.