Widget Cart and Widget My Account do not available

2019

Algérie: pas de blanc-seing à TEBBOUNE . William LEDAY

algerie

Algérie:pas de blanc-seing pour TEBBOUNE.  par William LEDAY

Notre diplomatie ne saurait faire fi ni des circonstances de l’ « élection » du président algérien, ni de la défiance totale dont il fait l’objet de la part de son propre peuple.

Après avoir prêté serment lors d’une cérémonie officielle à Alger, le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune succède à Abdelaziz Bouteflika, dont il fut le Premier ministre. Notre diplomatie ne saurait faire fi ni des circonstances de son élection, ni de la défiance totale du peuple algérien à l’égard de celui qui incarne désormais un système corrompu et sclérosé.

  Porté par un simulacre de scrutin démocratique précédé d’une parodie de campagne, l’ancien premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, aurait été élu dès le premier tour avec 58% des voix grâce à un taux de participation officielle de 39,9%. L’usage du conditionnel est de mise compte-tenu de l’absence totale d’impartialité dans la tenue de ce scrutin et de contrôle international, la régularité du scrutin est donc en cause. Succédant à une série de procès condamnant pour corruption d’anciens hiérarques du régime, cette mascarade démocratique ne saurait faire illusion, ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord la nature même du Hirak (mise en mouvement) qui bat le pavé d’Alger, de Tizi-Ouzou, d’Oran, de Constantine vendredi après vendredi, sans que l’intensité des manifestations ne baisse. Or, comme tout processus révolutionnaire, ce mouvement, non-violent, jeune et féminin, brasse l’identité plurielle du peuple algérien que le régime en place s’obstine à nier depuis l’indépendance en 1962. Ces deux éléments qui ont contribué à abattre le mur de la peur hérité de la décennie sanglante et instrumentalisé par l’Etat algérien, font qu’aucun terrain d’entente ne peut être trouvé avec un système clanique que les résultats délégitiment sur tous les plans.

La nature de ce système, et c’est la deuxième raison, qui n’a fait que se relégitimer en interne, ne semble envisager autre chose qu’un vague compromis avec le Hirak. Et pour cause, le pari du général Gaïd Salah repose originellement sur le déni, le déni d’un mouvement qui embrasse le peuple dans sa diversité, le déni de réalité consistant à gouverner avec des institutions dont la vacuité est consubstantielle au régime. Or, compte-tenu de l’ampleur du processus révolutionnaire en cours, seule une transition, avec une plate-forme aboutissant à une constituante en bonne et due forme, est envisageable. De fait, le régime agonisant ne peut avoir d’autre rôle que de faire en sorte que ce processus ait lieu.

Eu égard aux relations complexes que la France entretient avec Alger, ou plutôt avec le régime, Paris n’a aucun intérêt à reconnaître la victoire d’Abdelmadjid Tebboune, là encore pour plusieurs raisons. La première est formelle et repose sur l’irrégularité du scrutin, celui-ci ne peut tenir de prétexte à une reconnaissance ou à un quelconque blanc-seing. La déclaration du Président de la République, Emmanuel Macron, qui a « pris note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune va dans ce sens : « Je souhaite simplement que ces aspirations exprimées par le peuple algérien trouvent une réponse dans le dialogue qui doit s’ouvrir entre les autorités et la population (…) Il appartient aux Algériens d’en trouver les voies et moyens dans le cadre d’un véritable dialogue démocratique et je leur dis, avec respect et amitié, que dans ce moment crucial de leur histoire, la France se tient à leurs côtés. » Les réactions de l’Union européenne et de bien d’autres capitales devraient être de la même teneur.

Jusque-là, le rapport de la France au monde est resté guidé par la realpolitik, un mode de fonctionnement consistant à ajuster les relations de deux États à l’aune de leurs seuls intérêts. Cette conception courtermiste et étroite appréhende avec beaucoup de difficultés les tendances lourdes façonnant les relations internationales et tend à ignorer les aspirations des peuples. Qui peut dire aujourd’hui que ce qui se passe en France ne concerne en rien les pays européens, les pays d’Afrique du Nord ou subsaharienne et inversement ? Pour avoir évacué la question des valeurs au nom d’une certaine realpolitik, la France n’a pas su accompagner les premiers Réveils arabes et soutenir par exemple les démocrates en Tunisie alors que près de 721 000 d’entre eux résident en France, et par excès inverse, a lamentablement échoué en Libye.

Afin de ne pas reproduire ces mêmes erreurs, la France doit donc accompagner ce mouvement populaire, très semblable à la révolution tunisienne de 2011, aspirant à un cadre démocratique sincère et à un Etat de droit. Il n’est évidemment pas question d’ingérence dans les affaires algériennes, mais d’interagir avec les aspirations populaire d’une société avec laquelle la France partage une histoire, des liens économiques, intellectuels et migratoires, et dont deux millions de ressortissants ont un pied ici et un autre là-bas. Dans un monde globalisé où la question identitaire anime bon nombre de crises, la question des valeurs a vu son importance s’accroître et devient fondamentale pour la France dont l’image est traditionnellement associée aux droits de l’homme et la voix souvent considérée comme alternative au sein des enceintes internationales. C’est donc au nom des valeurs, de sociétés civiles qui interagissent, d’une histoire et d’un avenir communs, que la France doit se positionner. La France et l’Algérie, avec d’autres, ont la Méditerranée en partage. L’histoire de celle-ci ne peut s’écrire sans ces deux grands pays.

William Leday est diplômé de Sciences Po Aix en Provence, ancien conseiller parlementaire,titulaire d’un D.E.A d’histoire, il est spécialisé, en affaires stratégiques et en communication politique, qu’il enseigne à Sciences Po Paris.

Dix ans après la disparition de Bruno ETIENNE. William LEDAY

10 ans après sa disparition : penser pour panser le monde avec Bruno Etienne.

Par William Leday, membre du collectif «Chronik» et enseignant à Sciences Po Paris.

A l’heure où le peuple algérien prend son risque pour conjurer un destin écrit par une poignée d’oligarques, que le Président de la République souhaite mettre la loi de 1905 sur le métier législatif, que des polémistes tentent, avec l’hijab de course, de jeter de l’huile sur le feu identitaire qui couve au sein d’une société française en pleine ébullition sociale, les écrits et les analyses de Bruno Etienne, politologue décédé il y a tout juste dix ans, restent autant de grilles de lecture éclairantes.

Il y a 10 ans, un triste soir de mars 2009, disparaissait Bruno Etienne, endeuillant une communauté d’étudiants, d’ex-étudiants, d’amis, autant chercheurs que cherchants, attachée à une pensée singulière qui, de son vivant, ne pouvait laisser indifférent, et une œuvre, dont la pertinence n’a jamais été démentie. C’est le cas de la lecture qu’il faisait des évolutions qui touchent le continuum méditerranéen qu’il imaginait tel une Grenade éclatée, dont les « grains qui sont dans le même éclatement, dans la même enveloppe dure, amère et hostile, des grains qui éclatent mais qui en même temps restent ensemble. » que d’une société française qui intègre de moins en moins et relègue de plus en plus, dont il pressentait la fragmentation qui se donne aujourd’hui à voir.

N’écrivait-il pas en 2005 au sujet de la flambée des violences qui se propagea dans les banlieues qu’elle « ne saurait s’expliquer exclusivement par le défaussement (réel) de l’Etat : (…) une crise sociale révélée en partie par le « non » au référendum sur l’Europe entre les perdants et les gagnants de la « mondialisation libération ». Et il faut se préparer à la prochaine étape : quand (…) les blancs se lèveront et donc se soulèveront de façon politiquement organisée. » (La République brûle-t-elle ? : Essai sur les violences urbaines françaises, 2006) ? Une intuition nourrie par une sociologie de terrain conjuguée avec une pensée critique mise en exergue aujourd’hui avec le phénomène des gilets jaunes.

Un savant au diapason avec la transformation du monde …

Penseur de la complexité, il assumait les résultats pour le moins désarmants et dérangeants de ses recherches appuyées par des enquêtes de terrain. A cet égard, il estimait que les recherches condamnaient le chercheur à être en porte-à-faux avec le corps social auquel il appartient puisque « la sociologie, donc a fortiori la science politique, ne peut naître que dans une société qui s’interroge sur elle-même ». En ce sens, il s’inscrivait volontiers dans le sillage des Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu … autant de passages obligés pour ses étudiants.

Tour à tour sociologue et anthropologue, Bruno Etienne ne jurait donc que par l’analyse de terrain. Ainsi, ayant fait ses premières armes universitaires en Algérie comme coopérant du premier gouvernement postindépendance, et au Proche-Orient, il fut le premier, avec Olivier Roy, à comprendre les mutations idéologiques que connaissait l’islamisme politique au sein d’un monde arabo-musulman désillusionné par la défaite de 1967 – celle-ci ayant sonné le glas du panarabisme et du progressisme arabe. Cette évolution accoucha de l’islamisme radical – terme forgé par lui – au tournant des années 80, dont l’Afghanistan et la guerre de Yougoslavie furent les matrices et les terrains d’expérimentation.

De même, ses travaux sur la place de l’islam en France et sa participation à la polémique autour de ce que l’on appelait alors le foulard islamique, mirent à nu les contradictions d’une république française, tourmentée dans sa dimension moniste – car remise en cause par le fait multiculturel – et hantée par la perte de son empire colonial. A cet égard, la politique extérieure française démontre bien, tant dans ses motivations universalistes que dans la mise en œuvre, que le deuil n’est pas achevé.

Sur le concept de laïcité, qui fait l’objet de débats aussi épisodiques que passionnels depuis près de trois décennies, il pointait une terminologie polysémique et donc féconde en polémiques (car recouvrant au moins selon lui quatre sens différents) tendant à cliver une société en proie au retour de la religiosité (et non des religions) et des identités locales… A l’aune de ces débats, il soulignait à juste titre que les débats sur le voile, ceux relatifs à la place des religions ou des langues régionales, ne faisaient que mettre en lumière l’incapacité du modèle républicain à se renouveler et à prendre en compte un fait multiculturel sociologiquement incontestable et l’individualisme croissant en butte avec les limites de la modernité.

… et engagé dans la cité.

L’une de ses thématiques de prédilection fut la place de l’islam en France sur laquelle ses recherches jetèrent une lumière crue. Considérant qu’on demandait aux musulmans de France d’accomplir en quelques décennies ce que d’autres cultes, comme les protestantismes ou le judaïsme, ont accompli en plusieurs siècles, il avait été le premier à proposer la mise en place d’une instance représentative du culte musulman afin d’aider à faire de l’islam, religion anarchique du point de vue institutionnel, un culte à égalité avec les trois autres monothéismes (catholicisme, judaïsme et protestantisme), et de permettre à un islam de France (encore un terme qu’il avait promu) d’éclore. On l’ignore souvent, mais il existe bien une gestion des cultes en France qui incombe au ministère de l’intérieur, la loi de 1905 disposant que l’Etat assure le libre exercice du culte. Nicolas Sarkozy, qui s’appropria l’idée en même temps que bien d’autres personnalités politiques, s’attachera à en réinventer la forme, pour le plus grand malheur de nos concitoyens musulmans. En effet, dans sa forme actuelle le Conseil français du culte musulman se trouve être également indirectement représentatif des intérêts de puissances extérieures telles que l’Algérie, le Maroc et la Turquie, autorisées à y avoir des représentants et donc à s’ingérer dans les affaires cultuelles d’un islam de France tardant à s’affirmer. Il fut l’un des seuls à dénoncer alors cette anomalie.

De cette urgence à penser un présent en évolution rapide, et parce que le temps pressait pour étudier le regain de religiosité que connaissaient les sociétés modernes au lendemain de l’effondrement du bloc de l’Est, Bruno Etienne initia l’étude du fait religieux par la science politique. Ainsi naquit en 1992 sur son instigation l’Observatoire du religieux, dont Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, fut la fossoyeuse… néanmoins, cette initiative se multiplia au sein d’autres institutions.

Ainsi ses recherches, de par leurs conclusions en porte-à-faux avec l’opinion majoritaire, trouvaient le chemin de la polémique. Bruno Etienne avait à cœur de sortir du monde confiné des chercheurs afin de participer pleinement aux débats publics. Il stipendiait alors l’audimatisme et la dimension émotionnelle des débats qui, par des raccourcis, conduisent à nier la complexité des sujets, même s’il concédait que « Bruno Etienne, le citoyen, [est] républicain et laïc », pensait différemment. Il incarnait ainsi l’écart, et c’est un fil rouge de sa trajectoire d’universitaire engagé, le fossé, mis en lumière par Max Weber, entre le savant et le politique.

Un intellectuel méditerranéen en quête d’universel.

Provençal de naissance et de culture – au point que Maurice Duverger, siégeant dans son jury d’agrégation, moqua son accent invraisemblable, ce à quoi il rétorqua que : « (…) le jacobinisme m’a chassé de ma langue comme le colonialisme a chassé le fellah de sa terre » – il s’attacha à incarner une forme de résistance à l’emprise du centre sur la périphérie.

Refusant de faire sa carrière à Paris, coopérant déçu des premiers gouvernements de l’Algérie indépendante, socialiste de tendance marxiste dans ses premières années, il avait très vite saisi les impasses du modèle moniste tant sur cette terre d’Afrique du Nord qui réprimait les aspirations démocratiques (et non indépendantiste) kabyles, qu’en France. Il opta donc pour une trajectoire qui épousait les pourtours de la Méditerranée encore empreinte de son aura. A cet égard, il estimait que l’avenir de l’Europe, à l’heure où celle-ci s’attachait à intégrer les ex-pays de l’Est, résidait dans ce « continent liquide, aux frontières solides et aux habitants mobiles. » qu’est la Méditerranée.

Sociologue des marges de la société moderne, son champ d’études s’étendit donc au-delà de la simple question de l’islam à celles des cultes non officiellement reconnus et de la résurgence des identités locales dont il soulignait l’inéluctabilité au regard de la faillite du pacte républicain et de la mondialisation/globalisation – qu’il appelait westernalisation. Cet intérêt pour les marges de la société, la rive Sud, l’impermanence du monde moderne et pour tout ce qui éveillait les esprits à la complexité, ainsi que le rapport qu’il entretenait avec le personnage de l’Emir Abd el-Kader, dont il est sans aucun doute le meilleur biographe, révélait sa quête (sa soif ?) d’universel.

Dans un de ses derniers textes, paru en 2008, il s’interrogeait sur ce « que pourrait être une véritable spiritualité laïque, c’est-à-dire dégagée de la doxa des institutions magistérielles, qu’elles soient religieuses ou politiques, pour un 21ème siècle solidaire de toute l’humanité et non pas repliée sur ce bout du Finistère de l’Eurasie comme, hélas ! l’ont choisi – volens nolens – les Français peureux et apeurés … eux qui avaient proposé au monde entier l’universalité de leurs valeurs. » Concluant, au crépuscule de sa vie que « seuls la modestie lucide, le refus de l’ethnocentrisme, de la paranoïa et de l’arrogance universaliste du narcissisme nationalo-jacobin ou celui d’Eglises ayant la prétention au monopole du Salut, conjugués au catastrophisme éclairé selon le mot repris à Hans Jonas, pourront nous permettre de conjurer le mal suprême qui consiste à ne voir dans l’Autre qu’un ennemi potentiellement dangereux pour l’entre-nous alors que la différence enrichit l’humanité …».

Dix ans après, ses analyses n’ont pas pris une ride et ses intuitions s’avèrent malheureusement justes et ses écrits restent d’actualité,

Dix ans après, sa voix à la fois lumineuse et provocante manque au débat aujourd’hui dominé par des polémistes colportant des lectures historiques erronées.

Dix ans après, le vide laissé par son départ de celui qui tint lieu de maître à penser pour beaucoup d’entre nous est toujours aussi grand.

William LEDAY est diplomé de Sciences PO Aix en Provence, titulaire d’un DEA en Histoire. Ancien conseiller parlementaire, il est spécialisé en affaires stratégiques, qu’il enseigne à Sciences Po, et en communication politique.

Abd-El-Kader,Franc Maçonnerie,Islam par Thierry ZARCONE

Cher ami(e), l’Association Les Amis de Bruno ETIENNE à le plaisir de vous convier à sa prochaine conférence, le mercredi 20 Mars 2019, à 18h15, à l’Institut d’Etudes Politiques, d’Aix en Provence, 20 rue Gaston de Saporta:ABD-EL-KADER, Franc Maçonnerie et Islam.Cette conférence sera animée par

Thierry ZARCONE,Directeur de recherche au CNRS, Membre du laboratoire GSRL, Ecole Pratique des Hautes Etudes

Franck FRGOSI, Professeur de Sciences Politiques à Sciences Po Aix.

LES NOUVEAUX ENJEUX DE LA LAÏCITE. JL.BIANCO

Nous vous signalons la conférence organisée par Sciences Po Aix le 28 Janvier 2018, à 18h 15.

Jean Louis BIANCO, Président de l’Observatoire de la Laïcité, ancien secrétaire général de l’Elysée nous propose une conférence sur »LES NOUVEAUX ENJEUX DE LA LAÏCITE« .

IEP Aix en Provence. Amphi Bruno Etienne